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Les ravageurs de début de saison dans le soya au Canada : ver fil-de-fer, ver-gris et autres
23 juillet 2021
Parmi les insectes préoccupants dans le soya, on retrouve les ravageurs souterrains, les suceurs de sève et les défoliateurs1. Il faut donc effectuer des visites de dépistage tout au long de la saison pour repérer les dommages possibles et appliquer des mesures de lutte uniquement si l’on atteint les seuils économiques d’intervention, afin de ne pas nuire aux insectes utiles présents dans le champ. Les insectes de début de saison peuvent s’attaquer aux semences et aux plantules de soya, causant des dommages aux plantules, un rabougrissement des plants, une levée retardée ou un peuplement réduit.
Le dépistage est nécessaire pour déterminer les types d’insectes présents et la densité des populations, afin de prendre des décisions de gestion éclairées. Les méthodes d’échantillonnage comprennent le dépistage, le prélèvement d’échantillons dans le sol et la pose de pièges avec appâts.
Les principaux insectes qui peuvent causer des problèmes en début de saison dans le soya sont le ver fil-de-fer (de l’ouest et de l’est du Canada), la mouche des semis, la chrysomèle du haricot, les vers blancs, les punaises, les vers-gris et les sauterelles. Parmi ces insectes, le ver fil-de-fer et la mouche des semis peuvent potentiellement être maîtrisés par un traitement de semences insecticide pour le soya. Cependant, il est important d’effectuer un dépistage de ces deux insectes de mai à juin, soit au moment de la levée de la culture et juste après la levée2.
Ver fil-de-fer
Le ver fil-de-fer s’attaque à divers hôtes, dont les légumineuses, le soya et plus encore (figure 1). Il a une forme élancée, mesure de 1 à 2,5 cm (0,5 à 1,25 po) de long et possède un corps dur, jaunâtre à brunâtre. Ce ver vit longtemps et peut passer de deux à plus de cinq ans au stade larvaire. Aucun seuil économique n’a été établi pour le ver fil-de-fer. Les meilleures périodes pour dépister ce ravageur sont l’automne et le printemps, lorsque la température du sol est tout juste supérieure à 10 °C, mais inférieure à 26 °C. Les appâts sont plus efficaces à environ 10 °C, car ils fermentent et libèrent du CO2, qui attire les vers. Dans un sol dont la température est plus élevée, le ver fil-de-fer risque d’être davantage attiré par d’autres végétaux présents dans le sol12.
Figure 1. Ver fil-de-fer dans le sol
Le ver fil-de-fer s’attaque aux semences en germination et aux parties souterraines des tiges des jeunes plantules, ce qui nuit à la levée de la culture et se traduit par un peuplement clairsemé. Les larves migrent près de la surface du sol au début du printemps, puis s’enfoncent dans le sol quand la température augmente, plus tard au cours de l’été.
Les dommages causés par le ver fil-de-fer — qui ronge les tiges — peuvent apparaître sous forme de plants flétris, et peuvent donc ressembler aux dommages causés par le vers-gris. Ce qui les distingue est que, dans le cas du ver fil-de-fer, les tiges semblent avoir été déchiquetées et sont généralement toujours attachées aux racines, alors que le vers-gris coupe carrément la tige. Le ver fil-de-fer peut finir par tuer les plants.
Évaluez les cultures de soya du semis jusqu’au stade V3 (de mai à juin). Il est particulièrement important de surveiller les champs ayant des antécédents d’infestation par le ver fil-de-fer, les champs ayant récemment été cultivés en pâturage ou les champs dont le sol est de texture sableuse à limoneuse. Accordez une attention particulière aux zones présentant des plants flétris ou un peuplement clairsemé. Creusez le sol dans les zones touchées pour évaluer les dommages causés aux semences en germination, aux parties souterraines des tiges des plantules et aux racines. Disposez au moins quatre pièges à appâts au début du printemps pour évaluer la population de vers fil-de-fer.
Pour en savoir plus sur les vers fil-de-fer spécifiques à votre région, lisez les articles suivants :
Mouche des semis
Les adultes émergent au début du printemps et sont actifs aux températures comprises entre 16 °C et 29 °C. Une fois accouplées, les mouches femelles recherchent un site de ponte, d’avril à la mi-juin. Les femelles sont attirées par les sols humides dégageant une odeur de matière organique en décomposition (résidus de culture, mauvaises herbes enfouies après un travail du sol en présemis, fumier solidifié frais ou sol fraîchement labouré). Les adultes pondent leurs œufs dans les crevasses des sols humides. Les larves pénètrent ensuite dans les semences en germination pour s’y nourrir; elles risquent ainsi de réduire les peuplements de soya. La période d’activité maximale des adultes survient au début du printemps et à l’automne; les larves entrent en diapause estivale lorsque les températures sont supérieures à 29 °C12. Les larves de la mouche des semis sont blanc jaunâtre, mesurent environ 0,63 cm (1/4 po) de long et n’ont pas de tête ni de pattes bien définies (figure 2).
Figure 2. Larve de la mouche des légumineuses.
Évaluez les cultures de soya du semis jusqu’au stade VE (de mai à mi-juin). La mouche des semis préfère les champs semés tôt, ceux dont le sol est froid, humide ou fraîchement travaillé, ceux dans lesquels on a récemment incorporé des matières végétales ou sur lesquels on a répandu du fumier et, enfin, les sols de texture sableuse à limoneuse. Ces champs devraient faire l’objet d’un dépistage prioritaire.
Dès la levée de la culture, examinez soigneusement le champ pour repérer d’éventuels dommages. Visitez 10 zones du champ où la levée est faible et déterrez les semences et les plantules pour repérer des cicatrices et des galeries dans les structures végétales. Ouvrez les semences et la tige des plantules suspectes pour confirmer la présence de larves de la mouche des semis12.
Ver-gris
Le ver-gris s’attaque à un large éventail d’hôtes. Il a le dos rouge, est terne, a les flancs sombres et on le retrouve surtout au Manitoba (figure 3). Ce ver perce des trous dans les feuilles, creuse les bords des cotylédons ou des feuilles et coupe les plants. Les infestations sont imprévisibles et peu fréquentes. L’utilisation d’insecticides peut être justifiée lorsque les larves mesurent moins de 1,91 cm (3/4 po) de long et que plus de 20 % des plants sont endommagés ou manquants4.
Figure 3. Ver-gris noir. Photo gracieusement offerte par Roger Schmidt, University of Wisconsin-Madison, Bugwood.org.
Dès la levée du soya, effectuez une visite de dépistage tous les cinq jours, jusqu’au stade V5. Évaluez les champs de soya chaque semaine, de mai à juin. Inspectez les zones présentant des plants flétris, jaunes ou manquants. Dans le guide agronomique de l’Ontario, on suggère de visiter au moins cinq zones par parcelle de 10 hectares (25 acres), surtout là où les mauvaises herbes étaient abondantes avant le travail du sol ou le semis. Les premiers signes de dommages sont des trous d’épingle percés dans les feuilles par les jeunes larves qui grimpent le long des tiges. Cherchez également les plants flétris, défoliés ou coupés au ras du sol12. Creusez autour des plants endommagés jusqu’à une profondeur de 5 cm (2 po) et fouillez le sol, car les vers-gris aiment se cacher sous la surface pendant la journée. Notez la taille des vers-gris trouvés et le stade foliaire de la culture.
Puceron du soya
Le puceron du soya, originaire d’Asie, a été observé pour la première fois en Amérique du Nord en 2000 et en Ontario en 200112. Il survit à l’hiver sous forme d’œuf, pondu sur un plant de nerprun (Rhamnus spp.). Le puceron du soya est un insecte très petit (moins de 0,42 cm ou 1/16 po de long), au corps mou en forme de poire (figure 4), dont la couleur varie du jaune pâle au vert clair, avec des cornicules noires à l’arrière de l’abdomen. L’activité des pucerons en début de saison peut entraîner un rabougrissement des plants et une diminution du nombre de nœuds sur chacun, une situation susceptible de limiter le nombre de gousses5.
Figure 4. Pucerons du soya sur le revers d’une feuille.
Aucun seuil n’a encore été établi pour les infestations survenant avant les derniers stades de croissance végétative, mais des insecticides peuvent être nécessaires si 80 % des plants sont infestés par plus de 250 pucerons par plant6,7.
Les coccinelles, les chrysopes et les larves de syrphes sont au nombre des prédateurs courants et facilement reconnaissables des pucerons dans le soya. Au moment d’évaluer les champs de soya, il convient de déterminer si les populations de pucerons sont en augmentation ou en diminution, ainsi que le nombre d’ennemis naturels présents.
Pour en savoir plus sur ce ravageur, lisez notre article sur la lutte contre le puceron du soya.
Ver blanc
Les larves de hanneton européen et de hanneton commun sont les vers blancs (asticots) qui posent le plus souvent problème dans les grandes cultures de l’Ontario, bien que les larves du scarabée japonais puissent également causer des dommages. Il est important de bien identifier les espèces de vers blancs présentes dans chaque champ, car leurs cycles de vie sont différents, ce qui influence les stratégies de lutte à appliquer12. Les vers blancs peuvent endommager les semis de soya, surtout lorsque le soya suit une production de gazon ou d’une autre culture de couverture. Ils se nourrissent de racines, ce qui entraîne des peuplements clairsemés, une diminution de la vigueur des plantules et la mort de plants émergés. La taille des vers blancs varie de 0,64 cm (1/4 po) à plus de 2,5 cm (1 po) de long et leur corps est blanc avec une tête de couleur beige à brune (figure 5).
On distingue les espèces de vers blancs les unes des autres par le motif des soies (sorte de poils) de l’écusson anal à l’extrémité de l’abdomen. Les pièges à appâts n’attirent pas les vers blancs, contrairement aux vers fil-de-fer. L’automne est la meilleure période pour le dépistage des vers blancs, bien qu’un dépistage au printemps avant ou après le semis soit également possible12. Il n’y a pas de seuil économique établi pour ces ravageurs; cependant, pour respecter la restriction imposée par le gouvernement concernant l’utilisation des néonicotinoïdes, il faut observer un minimum de 10 vers blancs (ou deux par site de fouille) par 100 acres8.
Figure 5. Ver blanc dans le sol. Photo gracieusement offerte par Alton N. Sparks, Jr., University of Georgia, Bugwood.org.
Chrysomèle du haricot
En Ontario, la chrysomèle du haricot adulte ne cause généralement pas de dommages graves au soya, sauf lorsque les adultes hivernants s’attaquent aux jeunes plants de soya (V1 à V2). En cas de lourdes infestations, il arrive que les cotylédons et les plantules soient coupés. Lorsque les feuilles apparaissent, l’insecte perce de petits trous circulaires entre les nervures principales des folioles. Les larves se nourrissent de racines et de nodosités, mais ne causent pas de dommages économiques. Après l’hivernation, les adultes s’en prennent aux champs de soya ensemencés tôt, surtout dans les comtés les plus au sud de l’Ontario. Les champs de soya voisins d’un champ de luzerne ou d’autres légumineuses sont également à risque. Ce risque est plus élevé après un hiver doux.
Figure 6. Chrysomèle du haricot qui s’alimente sur une feuille de soya
Choisissez au hasard au moins cinq sites d’échantillonnage dans l’ensemble du champ. À chaque site d’échantillonnage, marchez lentement sur 4,5 à 6 mètres (15 à 20 pieds) de rang et comptez soigneusement toutes les chrysomèles. Les chrysomèles ont tendance à se laisser tomber au sol pour se cacher dans les fissures. Calculez le nombre moyen de chrysomèles par mètre (pied) de rang.
Pour en savoir plus sur ce ravageur, lisez notre article sur la Lutte contre la chrysomèle du haricot dans le soya en fin de saison.
Tableau 1. Recommandations de traitement et seuils d’intervention contre les insectes ravageurs du soya en début de saison.
| Insectes ravageurs du soya en début de saison | Options de traitement et seuils d’intervention |
| Chrysomèle du haricot | Traitement préventif (traitements de semences). Envisagez les traitements insecticides à compter de 5 chrysomèles par plant ou 1 plant endommagé par 0,3 m (1 pi) de rang; ou 30 % de perte de peuplement ou 30 % de défoliation11. Des traitements insecticides ciblés à l’arrivée de la 1re génération de chrysomèle peuvent être utilisés pour éviter le plus possible la transmission du virus de la marbrure des gousses du haricot6. |
| Ver fil-de-fer | Prélèvement d’échantillons de sol ou pose de pièges appâtés dans les champs suspects. Un seul ver fil-de-fer par piège appâté ou par pied cube (~28 L) de sol est suffisant pour causer d’éventuels problèmes. Traitement préventif (traitements de semences homologués contre les vers fil-de-fer) ou réensemencement avec une autre culture9. |
| Ver blanc | Prélèvement d’échantillons de sol dans les champs suspects. Deux vers blancs par pied cube (~28 L) de sol sont suffisants pour causer d’éventuels problèmes. Traitement préventif (traitements de semences homologués contre les vers blancs) ou réensemencement9. |
| Mouche des semis | Traitement préventif (traitements de semences homologués contre la mouche des semis) ou réensemencement2. |
| Puceron du soya | Traitement préventif (traitements de semences). Aucun seuil n’a encore été établi pour les infestations survenant avant les derniers stades de croissance végétative, mais des insecticides peuvent être nécessaires si 80 % des plants sont infestés par plus de 250 pucerons par plant6,10. |
| Ver-gris et légionnaire | Les infestations sont imprévisibles et peu fréquentes. L’utilisation d’insecticides peut être justifiée lorsque les larves mesurent moins de 1,91 cm (3/4 po) de long et que plus de 20 % des plants sont endommagés ou manquants4. |
Références
1 Field Crop and Forage Pests and their Natural Enemies in Western Canada: Identification and Management, Agriculture and Agri-Food Canada, Page 33. Soybean Insects. Alberta Pulse growers. https://albertapulse.com/soybeans-insects.
2 Manitoba Pulse Soybean growers https://www.manitobapulse.ca/2019/05/scouting-for-early-season-insects/
3 Krueger, S. 2018. Address these early season soybean pests. Pressures. https://emergence.fbn.com/agronomy/address-these-early-season-soybean-pests
4 Soybean insects guide. 2011. Iowa State University. https://www.ent.iastate.edu/soybean-insects-guide
5 Gavloski, J. 2008. Soybean Aphids: Sampling, Thresholds and Management. Manitoba Agriculture. https://www.gov.mb.ca/agriculture/crops/insects/soybean-aphids.html
6 DiFonzo, C. 2009. Heavy soybean aphid infestations on early-season soybeans. Michigan State University. https://www.canr.msu.edu/fieldcropsent/uploads/files/14EarlySeasonSBA.pdf
7 Koch, R., and B. Potter. 2018. Early season scouting for soybean aphid. University of Minnesota Extension. https://extension.umn.edu/soybean-pest-management/scouting-soybean-aphid
8 Get to know your grubs. Ontario Grain Farmer Magazine. https://ontariograinfarmer.ca/2016/03/01/get-to-know-your-grubs/
9 Field Crops IPM. 2009. Purdue University. http://extension.entm.purdue.edu/
10 MacRae, I., et al. 2005. Early season scouting for soybean aphid. University of Minnesota Extension. https://extension.umn.edu/soybean-pest-management/scouting-soybean-aphid
11 Scout info. University of Kentucky. Kentucky IPM Pest Information Pages. https://www.uky.edu/
12 Guide agronomique des grandes cultures. Publication 811F. Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario. http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/pub811/p811toc.html
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